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Pour notre jeunesse, résistons!
APPEL DU 23 JUIN 2026
ENCRYPTER MARC BLOCH AU FRAIS ? D’ACCORD, MAIS ALORS NE LAISSONS PLUS NOS MISÉRABLES ADOLESCENTS SUBIR LES AFFRES, EN PLEINE CANICULE, DANS UN MONDE SURCHAUFFÉ
Considérant qu’après « la journée la plus chaude jamais connue en mai », puis des records absolus de température annuelle battus en juin, nous sommes assommés tout autant par la chaleur que par l’accélération de cette pluie de records ; qu’il est attesté que l’Europe se réchauffe plus vite que les autres régions du monde ; que tous les clignotants virent à l’écarlate tandis que l’inertie demeure la réponse dominante ;
Considérant que les sciences du climat établissent depuis longtemps le lien entre émissions de gaz à effet de serre et multiplication des épisodes extrêmes ; que des centaines de scientifiques internationaux alertent depuis mois et années que « la vie sur Terre est en état de siège » et appellent à des mesures d’urgence à la hauteur de la situation ; que le Jour du Dépassement est désormais atteint en France dès le 24 avril ;
Considérant que la jeunesse vit cette crise avec une angoisse croissante, le sentiment d’un avenir compromis, et paie déjà le prix de cette faillite collective, tandis que l’effondrement du vivant s’accélère et que les reculs politiques se multiplient ;
Considérant que le principe de précaution, inscrit dans la Charte de l’environnement, et dans notre Constitution depuis 2005, n’est pas un principe d’inaction mais un principe d’action ; constatant qu’à l’inverse, les réponses publiques ne vont guère au-delà de l’annonce d’une suspension de la consommation d’alcool lors de la fête de la musique ;
Constatant que les diversions médiatiques, entre les éclairs menaçant un match de football présentés comme une contrariété majeure, les propagandes pour une climatisation généralisée, et autres «bibelots d’inanité sonore», servent plus que jamais à maintenir soigneusement les réactions les plus salutaires à l’écart des consciences ; l’impensé continue alors de nourrir l’impensable ;
Considérant que l’Éducation nationale poursuit une numérisation massive de ses pratiques, alors même que ses impacts écologiques, sanitaires, sociaux et pédagogiques sont tous documentés ; que l’imposition massive de prothèses numériques et de dispositifs de prétendue «intelligence artificielle» à des millions d’élèves et d’agents produit une dépendance systémique et une perte de sens ; que l’impact écologique d’un système concernant plus de dix-sept millions d’élèves, étudiants et personnels relève, par son ampleur, d’une logique industrielle ;
Considérant que l’École en vient ainsi à produire une profonde dissonance cognitive : elle prétend sensibiliser à la protection de l’environnement tout en forçant la dépendance à des prothèses industrielles ; alors que le Conseil supérieur des programmes recommande pourtant de privilégier la relation humaine et d’éviter les injonctions contradictoires ;
Considérant que le fonctionnaire agit dans le cadre de l’intérêt général sans être délié de sa responsabilité personnelle ; qu’il n’est pas conçu pour être un simple exécutant ;
Considérant avec Montaigne que l’étude n’a de sens que si elle nourrit le jugement et rend plus sage ;
Considérant que le transhumanisme n’a pas pour dessein de supplanter l’humanisme, mais de l’annihiler ;
Considérant que Marc Bloch analysait dès 1940 l’« étrange défaite » comme le produit de l’immobilisme, de la dilution des responsabilités, du conformisme des élites et de leur confiance excessive dans les techniciens ; que ces mêmes travers nous conduisent aujourd’hui vers une défaite peut-être plus irréversible encore ; Considérant que la « santé mentale » des jeunes est grevée par la somme de nos inactions, et que la folle inertie du système a sans doute des effets plus destructeurs et démobilisateurs que le constat lucide de la situation; ainsi l’estimait Marc Bloch : l’homme supporte mieux le danger prévu que « le brusque surgissement d’une menace de mort, au détour d’un chemin prétendument paisible ».
Constatant que les instances hiérarchiques de l’Éducation Nationale ne répondent encore manifestement aux agents soucieux d’alerter et faire remonter que par la surdité, au mieux, par l’intimidation, ou par la sanction,
Considérant que, dans chaque domaine, il existe pourtant des leviers d’action, et que le mieux-être passe bien souvent par des solutions simples, sobres et humaines ; que l’Éducation est un domaine de poids, à la fois parce qu’il forme des esprits, qu’il modèle des comportements, et par les consommations colossales qu’il génère ;
Considérant, donc, que le fatalisme n'est pas une option. Car quand on cesse d'espérer, on cesse aussi d'agir.
Considérant enfin, que la parole et l’imaginaire ne doivent surtout être abandonnés, ni à Musk et à ses affidés, ni aux fous furieux qui prétendent terraformer Mars, ni aux technosolutionnistes, marchands de sommeil, fabricants d’égoïsme et ingénieurs pyromanes : accoucheurs du pire ;
Nous, personnels de l’Éducation nationale, parents d’élèves, élèves et citoyens, tous autres humains conscients,
Nous affirmons que l’urgence climatique et la responsabilité éducative imposent de reprendre la main sur les choix qui structurent l’école. Nous souhaitons encore tracer ensemble un chemin plus stimulant que celui de notre dessaisissement ;
Nous nous engageons, là où nous sommes et travaillons, à dénoncer et/ou à refuser les usages imposés du numérique ainsi que de la prétendue « IA », qui nous relèguent au « désert de nous-mêmes » (Eric Sadin), et nous placent en position de passivité complice face à la destruction des conditions d’existence du vivant et de l’humain sur notre planète.
Nous exigeons que le Ministère organise dès la rentrée la tenue d’assises et d’ assemblées générales permettant à toutes les communautés éducatives de se prononcer sur leur consommation numérique, à partir de leurs choix éducatifs, humains et pédagogiques.
Nous demandons l’ouverture d’une refondation scolaire inspirée de la tradition humaniste française, telle que rappelée par Marc Bloch, sous l’Occupation, dans ses réflexions sur l’enseignement, où il dénonçait déjà « le travail hâtif dont on verra plus tard nos adolescents subir les affres, en pleine canicule, dans des salles surchauffées ». L’historien et résistant plaidait pour préserver « le goût de l’humain », la liberté de l’esprit et la continuité des formes de pensée, à sans cesse et toujours savoir « prolonger vers l’avenir. »
Signez cet appelNous vous conseillons la lecture du texte initial, plus détaillé
LETTRE OUVERTE MARC BLOCH CANICULE.pdf- version intégrale
Liste des premiers signataires :
- J-Luc QUILLING, professeur agrégé, chanteur de rue, co-initiateur du collectif Nous, Personne
- Elise ROUVEYROL, enseignante et parent d’élève
- Sonia FOUTAT, étudiante en BTS Commerce International
- Julia BELLUCCINI, psychologue et parent d'élève
- Ilham CHOUKRI, étudiante infirmière
- Vincent BALL, enseignant-chercheur, Université de Strasbourg
- Nathalie GROENER, enseignante et parent d’élève
- Isabelle BANNWARTH, professeur de mathématiques.
- Eric SIENA, Retraité de l'Education nationale, Membre fondateur d'Ecran total Gironde, Membre d'Ecran total Occitanie
- Emmanuelle WENDLING, enseignante
- Adam HASNY, étudiant qui fait de son mieux, héritier d’un monde englouti
- Nicolas GAULLIER, ingénieur et parent d'élève
- Hélène TORDJMAN, économiste, Maître de Conférences, Université Sorbonne Paris Nord
- Alain LEGRAND, retraité, membre de Technologos
- Hamza HADIF, AED et étudiant
- Aurélien LEDRAN, éducateur
- Stéphanie SPECHT, enseignante
- Anne-Marie WEHRUNG, enseignante
- Hervé CORDIER, parent
- Bruno DRWESKI, Professeur émérite INALCO, Académie de Géopolitique de Paris.
- Georges Yoram FEDERMANN, psychiatre gymnopédiste
- Pascal MALINGREY, enseignant